Au fil des histoires… n°5

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Cliquez sur →   Journal n°5   pour accéder à l’article original (PDF), texte de Marie-Gabrielle Gimenez, mise en page de Jean-Luc Erpelding

DU PONT DE BOIS A NOS JOURS

Les ponts relient les hommes…

deuxieme pont

Le deuxième pont (1872-1924) avec pile centrale

« Cachez vous pitchouns, baissez bien la tête et surtout taisez vous, ce ne sera pas long… »
C’étaient certainement les recommandations faites aux gamins dissimulés dans les comportes lorsqu’ils devaient aller aider aux vendanges de « l’autre côté de l’eau».
Les familles échappaient ainsi à la taxe de 5 centimes obligatoirement acquittée pour traverser le pont de bois reliant les deux rives. Construit en 1832 par l’entreprise de travaux publics de Jean Brusson dit Jeantet (1773-1846) le premier pont suspendu villemurien fut ouvert à la circulation le 9 novembre 1834. Les actionnaires de la société privée qui l’avait financé comptaient bien faire fructifier leur investissement sans égard pour la population.
Ce premier pont facilitait la vie mais à quel prix ! Le péage journalier grevait le maigre budget des artisans et ouvriers qui l’empruntaient pour rejoindre les entreprises, notamment celle consacrée à l’effilochage des chiffons de laine.

La mairie indemnisait la société pour permettre aux écoliers du tout jeune quartier Saint Pierre, sur la rive gauche, de rejoindre l’école. Le développement commercial de Villemur se trouvait lourdement entravé par les frais du passage, notamment lors des grandes foires annuelles, celle de la Saint Marc étant la plus importante.
Il était rustique cet ouvrage, il ne fallait pas avoir le mal de mer lorsqu’il oscillait et tanguait sous les rafales de l’autan ou de quelques lourdes charrettes.
Un cagamounjeta (personne timorée) ne se hasardait pas à baisser la tête en le traversant de peur d’être attiré par la vision de l’eau à travers les planches disjointes.

troisième pont

Le troisième pont à pile centrale (1924-1930)

En 1865, la municipalité tenta de racheter sans succès le droit de péage. Face à cet échec, on émit le projet de construire un nouveau pont.
C’est la guerre Franco Prussienne de 1870 qui fit ajourner le projet.
A la proclamation de la Troisième République, un groupe de jeunes insurgés de Villemur et de Bondigoux avec à sa tête Antoine Sicard dit « Le Manetz » trancha les câblages anéantissant pont et péage. Légende ou réalité, les haches destructrices auraient été dissimulées sous les jupons féminins.Le bac reprit du service et la société lésée ne manqua pas de revendiquer une indemnisation.

Les villemuriens devront attendre 1875 pour emprunter gratuitement le pont.
C’est en 1924 que le troisième pont villemurien, entièrement remodelé, fut inauguré. Seule la base de la pile, encore visible par basses eaux, survécut à la terrible crue de 1930. Les bacs remplacèrent l’ouvrage détruit jusqu’en 1932.
Le pont actuel était destiné à la Tchécoslovaquie mais, dans l’urgence, il prit le chemin de Villemur. Les câbles fixés au sol sont coulés dans une chape de béton. Il est aujourd’hui indissociable de notre histoire, de notre vie.
Symboliquement, il frémit, trembla sous la colère des marcheurs solidaires qui refusaient que la finance tue l’usine villemurienne Molex.

pont actuel

Le pont suspendu actuel. (1933) Au milieu du Tarn on devine la pile centrale des ponts précédents

Aujourd’hui le pont a subi les outrages du temps, des va et vient incessants de véhicules motorisés.
Il est actuellement interdit à toute circulation.
Les inconvénients sont certains, nous sommes tous habitués à l’emprunter cet ouvrage qui enjambe notre rivière.

pont boudy

Le pont Eugène Boudy (1960)

Pour rester positifs malgré le handicap, réjouissons-nous des différentes initiatives qui ont mis du temps à se concrétiser. En effet, entre la volonté émise dans les années 1870 et la décision prise par le Maire Eugène Boudy en 1945 de construire l’ouvrage qui porte son nom, beaucoup d’eau est passée sous le premier pont villemurien. Ce n’est qu’en 1960 que le pont de béton fut inauguré par Monsieur Léon Eechkoutte.
Récemment restauré, il devrait permettre d’éviter la désertification de notre centre-ville durant les travaux sur le pont suspendu. Ces travaux permettront au vieil ouvrage de perdurer dans le temps et par-dessus tout éviteront de possibles accidents.
Si quelques légitimes accès de colère viennent à nous submerger contre les uns ou les autres, tentons d’appliquer cette pensée de monsieur de La Fontaine « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage » et rappelons-nous qu’avant tout les ponts sont construits pour relier les hommes.

Marie-Gabrielle GIMENEZ

Sources : « Du Passé au Présent » par Mr Marcel PEYRE
« Histoire de Villemur sur Tarn » Tome 2 par Les Amis du Villemur Historique

 

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