Le château de Bernadou (1. l’historique)

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Le château de BERNADOU

1.Historique

Bernadou est ce que l’on appelle un toponyme, un nom de lieu, pièce de terre ou habitation ayant vraisemblablement appartenu à une famille portant ce nom. Le patronyme de Bernadou , (des marins pour la plupart), se retrouve fréquemment dans les registres paroissiaux villemuriens des XVIIè et première moitié du XVIIIè siècle.
A la veille de la Révolution, de vastes domaines agricoles s’étendaient sur la rive gauche, dans la plaine de Gauré, entre Sayrac et Magnanac. Bernadou était une de ces propriétés, appartenant à un certain René BEUDOT. Ses voisins les plus proches étaient Emmanuel de VACQUIE  au domaine de Roussel, et la famille de POUZOLS de CLAIRAC à Saint-Maurice, à qui succèdera la famille de NAUROIS en 1798.
Qui était René BEUDOT ? Originaire de Montbard en Bourgogne, il était Contrôleur du vingtième à la Généralité de Toulouse, en quelque sorte un percepteur de l’époque puisque le vingtième était un impôt direct que devait payer l’ensemble de la population, tiers-état nobles et clergé, représentant 5% , (1/20è) de leurs revenus.

Les familles BEUDOT et de VACQUIE

cadastre napo

Plan cadastral napoléonien de 1812.

René BEUDOT était le fils de Simon BEUDOT conseiller du Roi, notaire et greffier en chef de la ville de Montbard, et de Edmée GUYOT. Bourguignon que le devoir appelait dans notre région, il fit la connaissance à Toulouse de demoiselle Marie-Anne de VACQUIÉ fille de Joseph VACQUIÉ et Gabrielle de PROUHO, originaires de Villemur. C’est d’ailleurs dans l’église Saint-Michel que René et Marie-Anne se marièrent le 24 novembre 1753.  De cette union naquirent au moins trois enfants, une fille Marie Anne en 1759 et deux jumeaux mâles en 1762. René BEUDOT décéda peu avant la Révolution, son épouse lui survécut quelques années (1791). Un de leurs fils, officier municipal , participa à la Fête de la Fédération organisée dans notre ville le 14 juillet 1790. Il y prononça un discours, de même que Monsieur MALPEL de LATOUR, autre notable. Doté d’une belle voix, il entonna à cette occasion quelques couplets patriotiques.  On le retrouve un peu plus tard, début 1801, alors qu’il officie en tant que commissaire de police de la commune de Villemur, lors de l’affaire du curé constitutionnel Peyrusse, rejeté par la population locale. 

Les VACQUIÉ-PROUHO, font partie des familles aisées de Villemur, ils s’y sont mariés en 1722, les registres paroissiaux qualifiant Joseph de négociant. Ils ont une demeure rue Cambon (1) où habitent nobles et bourgeois de la cité. Outre Marie-Anne , ils ont un fils Jean-Jacques, homme de loi qui sera maire de Villemur après la Révolution, en 1795 et 1800.
On peut légitimement penser que René et Marie Anne BEUDOT prirent possession de Bernadou après leur mariage et que le bâtiment, au début modeste et à vocation agricole, subit par la suite de profondes modifications au gré des propriétaires successifs pour devenir la belle demeure immortalisée par le photographe Labouche au début du XXè siècle. Si l’on se réfère au plan cadastral napoléonien datant de 1812, (2) le « château » comportait l’habitation principale, un pigeonnier, et les deux ailes existantes n’étaient pas reliées entre elles. Sur ce même plan on peut voir que la route principale Toulouse-Villemur passait par l’actuel chemin de Lisar pour aboutir au lieu-dit ” Le Pas ” en bordure du Tarn. La route actuelle était déjà tracée mais sera plus opérationnelle après la construction du pont sur le Tarn en 1834.
Après le décès des époux BEUDOT, la propriété fut vraisemblablement exploitée par leur fille Marie-Anne décédée en 1844. Restée célibataire, elle fit sous la Restauration un legs important, 10.000 francs, destiné à l’établissement d’un hôpital. Cette somme ajoutée à d’autres dons, servit à la commune pour racheter à Jean-Jacques Maury la partie dite des Greniers du Roy qui deviendra plus tard l’hospice Saint-Jacques.

Les ROQUES de VILLECHAMPS

Mais avant qu’à son tour Marie-Anne BEUDOT ne décède le 25 mars 1841, la propriété était passée dans les mains de Pierre ROQUES de VILLECHAMPS, propriétaire des moulins de Villemur et successeur  de la famille de Ménoire, les derniers seigneurs de la ville avant la Révolution.
Pierre ROQUES, né le 23 mars 1770 était issu d’une vieille famille villemurienne dont les parents, Arnaud et Jeanne LALA étaient eux aussi villemuriens de longue date.
Pierre ROQUES et Eulalie TEISSIER de VILLAUCHAMPS, de confession protestante, émigrèrent en Hollande puis aux Etats-Unis après la Révolution.
Trois de leurs quatre filles naquirent à la Nouvelle-Orléans, Marie-Eulalie en 1796, Aurore en 1798 et Marie-Eléonore-Adèle en 1803. Ils rentrèrent en France peu de temps après, d’autant que cette même année 1803, le 30 avril, la Louisiane était vendue aux Etats-Unis par Napoléon Ièr .  En 1816 Aurore se marie avec le futur banquier toulousain Léon CHAPTIVE , trois ans plus tard  Eulalie en fait de même avec Amédée de Tauriac, propriétaire du château de Vernhes à Bondigoux, et maire de Villemur entre 1816 et 1818. Pierre ROQUES lui succèdera d’ailleurs dans cette fonction de 1818 à 1836. 
Pierre ROQUES et ses gendres, Amédée de TAURIAC et Léon CHAPTIVE,  propriétaires des moulins vont faire fructifier leurs acquisitions et dès 1826 procèdent à l’agrandissement des moulins des deux rives et confient à Jeantet BRUSSON la surélévation de deux étages de chacun de ces bâtiments, (3) donnant au « Moulin » ( la Tour de Défense actuelle) son aspect actuel.
Le 17 juin 1847, Pierre ROQUES décède à Villemur, « dans son château de Bernadou », âgé de 77 ans.
A la mort de ce dernier, ses enfants se partagèrent son patrimoine. Dans ce partage daté du 18 juillet 1852, le domaine de Bernadou revint à sa seconde fille, Aurore Angélique ROQUES, veuve de Monsieur Léon CHAPTIVE, laquelle en fit donation à son fils Charles dans le contrat de mariage de ce dernier, avec demoiselle Reine Julie Thérèse SEGUY de LAGARDE, contrat passé le 11 février 1855 à Montauban.
Enfin, le 20 avril 1861, devant Maître RATIER, notaire à Villemur, Charles Marie Amédée CHAPTIVE, fils d’Aurore ROQUES, vend le domaine de Bernadou « composé d’un château avec parc, d’autres bâtisses pour le logement des colons et pour les besoins à l’agriculture, d’un jardin, de terres labourables vignes prés et bois… » à Monsieur Jean GALAN pour la somme de soixante mille francs.(4)

La famille GALAN

mongolfiere au chateau

1894 : l’entrée du château côté sud-est, un jour de lâcher de montgolfière, au milieu de la famille et d’amis. Sur le balcon, Barthélémy Gabriel Galan.  Photo coll.  M. et C. Cazamea

En 1861, Monsieur Jean GALAN est propriétaire d’une importante fabrique de lustres à Paris où il habite au 17 de la rue Ménilmontant. Il achète le château de BERNADOU pour se retirer à la campagne avec son épouse Gabrielle MIQUEL. Avec les GALAN on aborde encore une très vieille famille villemurienne. Jean GALAN était né le 6 juillet 1823, fils de Barthélémy et d’Antoinette LORMIÈRES. Gabrielle MIQUEL était née elle aussi à Villemur, fille de Baptiste MIQUEL notaire, et de Anne Virginie MOUSSIE. C’est très certainement à cette époque de la seconde moitié du XIXè siècle, que le château va prendre la forme que nous lui connaissons aujourd’hui.

Lorsque Jean GALAN décède, le 13 octobre 1893, « dans son château sis à Villemur »,  il n’a pas d’héritier direct et le bien échoit à son neveu Jean Barthélémy Gabriel GALAN, suite au testament de légataire universel rédigé en 1892 par son oncle.
Jean Barthélémy Gabriel, fils de Pierre GALAN et Clotilde CHAUBARD, est né à Villemur le 20 mars 1863. Architecte de profession, on lui doit, entre autres réalisations, les plans de la mairie de Villematier.

Pour plus de tranquillité, il fit clôturer le parc où s’ébattaient les lapins de garenne, et il avait le plaisir de les tirer depuis le balcon donnant sur la pelouse. Pendant cette période, de nombreuses fêtes animaient le château et le parc. Sur invitation, les gens de la haute société toulousaine venaient y participer.
Barthélémy Gabriel décède subitement le 5 décembre 1940, âgé de 77 ans, « en son domicile de Bernadou ».  Sans descendance lui non plus, le château revient à son demi-frère Louis GALAN, né en 1876.(5)

 

 

 

Les sombres heures de l’Histoire du château

Les camps d’internement ne sont pas une création du gouvernement de Vichy. Ils ont été institués sous la 3è république par le décret du 12 novembre 1938 de Daladier. Ce décret prévoit l’internement des « indésirables étrangers ».  ( Gurs, Rivesaltes, , Septfonds, Les Milles…) Ce sont en premier les réfugiés espagnols qui fuient l’Espagne franquiste. des réfugiés civils républicains espagnols, combattants des Brigades internationales. après la prise de pouvoir du général Franco. L’année suivante, des milliers de ressortissants étrangers fuyant le nazisme sont également internés dans ces camps et jugés alors comme «indésirables» : réfugiés allemands, autrichiens considérés comme ressortissants de puissances ennemies,  Par ailleurs, en octobre 1940, le Reich déporte par familles entières plus de 6000 allemands  que le Gouvernement de Vichy interne directement au camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques).
Certains de ces réfugiés vont être déplacés dans d’autres structures  installées par des organisations non-gouvernementales telles œuvres, associations caritatives, U.G.I.F (6) Selon les (rares) sources en notre possession, parmi d’autres centres, (7) le château de Bernadou, baptisé “Centre d’Hébergement n° 5 bis”,  a servi de lieu d’accueil de ces réfugiés dans la période allant de mai 1942 à février 1943. A cette date, cinquante personnes – venant pour certaines du camp de Gurs –  y étaient internées, 18 d’entre elles dont 8 enfants étaient juives. D’autres sources avancent une ouverture du camp plus précoce. Le centre de Bernadou était géré par le Service Social des Etrangers dépendant du Ministère du Travail. Quel fut le sort réservé à ces malheureux ? La mémoire collective villemurienne n’a , semble t’il , pas retenu cet épisode sombre de son histoire.  Mais l’existence très temporaire de ce camp et le fait qu’en ces temps de guerre il ne devait pas faire bon “traîner” à Bernadou, éloigné de la ville, expliquent peut-être en partie cela…Surtout lorsque la présence allemande  fut effective après le 11 novembre 1942.

§§§§

En octobre 1946 Louis GALAN loua le domaine de Bernadou à la Société Générale d’Equipement, puis il  donna ensuite la propriété à son fils aîné Pierre en 1951; à la mort  de ce dernier, le château et le parc furent mis en vente par la famille Galan. La commune de Villemur-sur-Tarn fit valoir son droit de préemption et l’acheta au mois de janvier 1977.

chateau bernadou

Le château de Bernadou au début du XXe siècle

Annexe

Lettre de Monsieur Marcel PEYRE, datée du 23 mai 1980,
à Monsieur Léon EECKHOUTTE, maire de Villemur-sur-Tarn.

« En mai 1980, Monsieur l’architecte des Monuments Historiques et l’entrepreneur (chargé des travaux) de la Tour de Défense, ont participé à un examen du château de Bernadou.
La visite des combles et l’observation détaillée des diverses parties du bâtiment ont permis d’apporter des éléments nouveaux.
Il résulte de cette « auscultation » qu’à l’origine (fin du XVIIIè siècle)le bâtiment était assez modeste et comprenait l’édifice avec sa façade sud (NDA : sud-est) , sans les tours carrées d’angle.  Les deux ailes côté nord, que l’on pensait postérieures à l’édifice datent de la même époque. Le crépi originel découvert en maints endroits révèle une couleur ocre clair typiquement italienne.
Depuis, le bâtiment a subi de multiples transformations par modification des ouvertures (édification de constructions annexes). Il a été découvert sous les combles un graffiti portant le nom du maçon (NDA : Il aurait été intéressant de connaitre le nom du maçon, peut-être un artisan villemurien ? ) et les dates 1861-1865 la forme des lettres (le d) notamment ne laissent aucun doute sur l’authenticité de cet écrit. On peut donc avec certitude situer les transformations principales de l’édifice au cœur du second empire (1852-1870) avant que le bâtiment ne prenne son aspect actuel il faut considérer les ailes comme des annexes aux services (offices, réserves, cuisines).
Une énigme reste cependant : celle de l’escalier intérieur, dans l’entrée. La présence de la corniche intérieure et des deux fenêtres qui devaient logiquement éclairer une pièce peut-elle nous faire croire à la présence d’un escalier primitif qui aurait été modifié, transformé, peut-être même changé. On suppose que sous les plafonds modernes, avec leurs rosaces ou pâtisseries en stuc, se trouvent des assemblages à la française et que sous le crépi malheureux et le lait de chaux qui prétendait transformer la brique en pierre (on avait honte au siècle dernier de construire en briques cuites la maison du maître, le balcon en est un exemple. Seules les dépendances restaient en briques apparentes). »

Notes :

(1) L’actuelle rue du Colonel Cailhassou
(2) Archives municipales de Villemur et Archives départementales de la Hte-Gne 3P 5185 Cadastre de Villemur-sur-Tarn, Section T de la plaine de Gauré
(3) Jean Brusson dit Jeantet, entrepreneur, travaille de source sûre en 1828 pour le compte de Pierre Roques de Villauchamps, propriétaire, habitant Bernadou.  « la chanson des blés durs » Générations Brusson, les entrepreneurs du XIXè siècle, page 175 Gérard Brusson
(4) Acte de vente Chaptive/Galan devant M° Ratier, du 20 avril 1861 (source Mme Michèle Cazaméa)
(5) Né du mariage de Pierre Galan avec Hélène Malpel sa seconde épouse ,après le décès de Clotilde Chaubard.
(6) Union Générale des Israélites de France
(7) Montauban, Septfonds (82) L’Isle-Jourdain, Masseube (32) St-Sulpice, Brens (81) etc…

Sources :

– Archives municipales de Villemur-sur-Tarn ( registres paroissiaux et état-civil) et service de l’état civil de la mairie de Villemur-sur-Tarn.
– Archives départementales de la Haute-Garonne et Archives municipales de Toulouse.
– Madame Michèle Cazaméa petite-fille de Louis Galan.
-« Villemur sur Tarn du passé au présent » Villemur pendant la Révolution p.28 Marcel Peyre
-« Armorial du Pays d’Oc » François Viviès. www.vivies.com
-« la chanson des blés durs » Générations Brusson, les entrepreneurs du XIXè siècle, page 175 Gérard Brusson
– http://1942.memorialdelashoah.org/ et Analytical Franco-Jewish Gazetteer1939, 1945, Zosa Szajkowski, Frydman 1966.

GS et JCF /AVH 2011/2017

chateau vu du parc

2010 : le château vu du parc.

arriere chateau

2010 : le château vu de la route de Toulouse

 

 

 

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