La place Nelson Mandela

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La place Nelson Mandela

 

place mandela vue d'avion

1. Le quartier vu d’avion années 2000

Elle est la dernière des places de Villemur baptisée voilà à peine cinq ans.
Appelée un temps « Esplanade Notre-Dame »,  depuis près de cinquante ans elle est plus connue sous le nom de « place du Crédit Agricole » en référence à l’établissement bancaire éponyme lui faisant face. Elle est en fait une extension, en aval du pont, des Allées Notre-Dame devenues Allées Charles de Gaulle après la Libération.

Comme vous avez pu le constater au cours de la narration des places de la ville, ces dernières ont toutes été « prises d’assaut » par les voitures. La place Mandela n’y a pas échappé !

Avant de devenir un parc de stationnement, cette jolie place entourée de platanes séculaires était tout simplement un lieu de promenade au sortir de la « Grand’rue », petite mise en jambes avant d’aborder les Allées bordant le Tarn, et sa proximité avec la place du Souvenir composait un endroit arboré fort agréable.

animations place Mandela

2. Animations sur la place Mandela

En remontant loin dans le passé, son voisinage avec le foirail, puis le poids public, « la bascule » en faisait un lieu d’une activité intense qui se perpétua bien des années plus tard quand commerçants ambulants et forains l’investirent. Lors des fêtes de la Saint-Michel, la place mais aussi l’espace compris entre le bord du Tarn  et le monument aux morts était dévolu aux attractions foraines.
Aujourd’hui encore la place se vide de ses véhicules pour des manifestations ponctuelles, marchés, démonstrations sportives ou autres. (Voir les illustrations)

plan quartier mandela

3. Source : plan Junière 1779.(archives communales)

Remontons le temps. En 1779, côté Tarn, la place actuelle n’était qu’un vaste espace en friche dominant la rivière, seulement occupé par un pâté de bâtiments. Faisant angle avec l’actuelle place du Souvenir, (aujourd’hui Crédit Agricole) s’élevait une grande bâtisse : le magasin à bois de Monsieur le Vicomte Guy de Ménoire, où étaient entreposées entre autres les futaies provenant de la forêt royale, et tout le matériel nécessaire à l’entretien et la réparation des moulins et chaussées qui lui appartenaient. (1)
Tout à côté, un ensemble de constructions, à savoir maison, cour, écurie, étable, grange, chai et jardin appartenant à Benoit Vieusse, greffier consulaire.

L’ouverture du pont en 1832 va changer la physionomie du lieu, avec la construction de plusieurs immeubles entre l’ancienne grange du vicomte et la maison de Jean Castella cafetier aubergiste au début des Allées Notre-Dame.

Entre 1836 et 1841, une nouvelle gendarmerie voit le jour face au pont, après le rachat de l’immeuble appartenant à Jean Castella, les autres habitations étant la propriété des familles Brusson et Castella ( voir plus loin).

maison eclusière double

4. Deux vues de la maison éclusière entre 1924 et 1930

L’édification de la maison éclusière sur le terre-plein de la place, est contemporaine de cette époque (1839-1841). Proche de la guérite de l’octroi, elle surplombe le Tarn et permet entre autres fonctions de surveiller la nouvelle écluse de la rive droite au pied du Moulin mise en service le 22 octobre 1839. Deux bancs publics placés devant la maison seront offerts par Antoine Brusson (alors conseiller municipal)  (3) et agrémenteront la place.

 

le charlot

5. “Le Charlot”, dernier bateau ayant passé l’écluse de Villemur. Au second plan, la maison éclusière dominant la rivière.

La maison éclusière restera en fonction jusqu’à la fin de la navigation sur le Tarn en 1922, ses derniers occupants étant sans doute la famille Ayral père et fils, cantonniers de la navigation du Tarn et éclusiers.
N’ayant plus d’utilité, cette maison sera en sursis durant des années ;  on projette de la démolir en 1928, elle résiste à la crue de 1930, mais les travaux d’embellissement et de protection des berges postérieurs aux inondations, auront raison de ce vestige du passé fluvial de la ville. Elle sera démolie avant le début des travaux. (1932-33) Un mur sera ensuite construit du pont jusqu’au Moulin et une dalle recouverte de carreaux en ciment striés augmentera la surface de la place.

 

 

ginestet grimal

6. Me Ginestet notaire et Dr Grimal

carrefour du pont

7. Carrefour du pont, à droite la Poste en face ancienne perception, à gauche la place.

Plus près de nous, après 1930, aux deux angles de la nouvelle rue Jean-Marie Elie Brusson, on construit la nouvelle gendarmerie (de nos jours la Poste) et la perception. La  maison voisine verra s’installer les notaires Jean Bérard et Edouard Ginestet puis, au début des années 50,  le bon Docteur Henri Grimal posera sa plaque sur cette belle façade de briques rouges. Juste retour des choses puisqu’à la fin du XIXe siècle, les docteurs Coulom et Siuroles avaient exercé dans cette demeure. Tout à côté, la maison quasiment jumelle,  propriété de Joseph Carrère  qui tiendra un commerce d’antiquités . Ces immeubles ont été construits entre 1841 et 1846 selon nos sources. (4)  L’une appartenait à Antoine Brusson, ancien maire de Villemur, puis plus tard à son frère Arnaud et ses descendants, l’autre, la maison Grimal,  était la propriété de Mathieu Castella (5).
Cet immeuble possède une particularité que bien de personnes connaissent : il suffit de porter son regard vers la partie supérieure, pour apercevoir une frise magnifique en terre cuite, semblable à celles réalisées par Auguste Virebent,  dont le père  Jacques-Pascal, fut l’architecte de la ville de Toulouse pendant presque cinq décennies (de 1782 à 1830). La frise villemurienne est-elle de Virebent ou d’un de ses concurrents ? Beaucoup de similitudes entre ces frises, faute de preuves mais nous en resterons là. Elle est toutefois le témoin depuis 180 ans du savoir-faire de nos illustres ancêtres. (6)

frise Virebent

8. A l’extrême gauche la frise de la maison Grimal. Les autres frises signées Virebent se trouvent sur des façades à Toulouse.

Quand à l’immeuble vétuste, ayant abrité le magasin à bois du vicomte, il s’écroula lors de la crue de 1930.
En 1934 Gustave Defis concessionnaire Citroën y ouvrit un garage  (7) ultra moderne pour l’époque, qui devint plus tard propriété des « Silos de Gaillac » dans les années 1950. Ces vestiges du passé allaient disparaître au tout début des années 1970 avec la construction de l’agence locale de la banque « Crédit Agricole » toujours en place actuellement.

garage defis

9. Le garage Défis en 1934, “les Silos de Gaillac” en 1966, la banque aujourd’hui.

 

travaux parking mandela

10. Les travaux de février 2014

 

nelson mandela

11. Nelson Mandela

Les derniers gros travaux sur la place remontent à février 2014, concernant le grand trottoir qui jouxte le parking,  consistant au ferraillage de la structure, réalisé en 1935 et qui s’oxydait au fil du temps. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, lors des fêtes locales,  il n’avait plus de manèges  sur ce trottoir depuis un peu plus d’une dizaine d’années. Cela permit aussi de découvrir l’espace existant sous la terrasse, endroit où sont restés entreposés pendant des décennies les bateaux du club d’aviron local. (8) Je me souviens que parfois, étant gamins, nous nous glissions dans ce local, et nous caressions respectueusement de la main, le beau vernis de ces esquifs. Tout au fond se trouvaient les pompes qui envoyaient l’eau du Tarn vers le château d’eau. Pierre Villa se souvient également de l’existence à cet endroit d’une source d’eau fraîche qui s’écoulait vers le Tarn au milieu d’un tapis de cresson.

Deux mois avant ces travaux, au cours du conseil municipal du 16 décembre 2013 la décision était prise de donner à cette place le nom de Nelson Mandela, l’homme d’état sud-africain décédé quelques jours auparavant, le 5 décembre.

10. Photo ci-dessus : Nelson Mandela 1918-2013. Président de la République d’Afrique du Sud 1994-1999. Prix Nobel de la Paix 1993

JCF / AVH avril 2019 révisé avril 2021.

Merci à Jean-Luc Mouyssac et Pierre Villa pour leur contribution.

(1) Cf ChristianTeysseyre, “Nouvelle histoire de Villemur” tome 2, p.501.
(2) maire de Villemur entre 1844 et 1846 et de 1855 à 1860.
(3) Délibération de conseil municipal du 5 avril 1844.
(4) Recensements de la population de Villemur, Archives Départementales de la Haute-Garonne.
(5) Ancien militaire, médaillé de Sainte-Hélène, puis négociant .Entre 1844 et 1845 il vend au curé jean-François Fieuzet la partie en ruines du logement des anciens seigneurs dont il ne reste aujourd’hui que la partie formant essentiellement les Greniers du Roy ; il possédait ce bien conjointement avec Michel Duvernet, maçon et Géraud Balat ,tuilier.
(6) C’est Pierre Villa qui m’a alerté sur cette curiosité. Pour plus d’informations, voir le site suivant, (onglet : les décors en terre cuite Virebent)  : http://www.toulouse-brique.com/virebent.html
(7) Son précédent garage à l’angle de la rue de la bataille et du quai Scipion de Joyeuse avait été dévasté par la crue de 1930.
(8) C’est Jean-Luc Mouyssac qui m’a rappelé ce fait.

Crédit photo :
1, 5, 6, 7,  : coll et montages Jean-Claude François.  3 : archives communales Villemur. 4: Gaston Sengès.  8 : Pierre Villa et Toulouse-brique.com  2, 9 : JC François et Pierre Villa.  10 : DDM Roger Larroque et J.C.François. 11 : Wikipédia

place aujourd hui

11. La place actuelle

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