1439 : Rodrigo de Villandrando occupe Villemur

Commentaires fermés sur 1439 : Rodrigo de Villandrando occupe Villemur Regards sur le passé. Faits marquants, anecdotes et histoires insolites

Brigands, truands, grandes compagnies

 

A toutes les époques troublées de l’Histoire, le brigandage a existé, prenant parfois des formes effrayantes.
Ce ne sont pas seulement les serfs révoltés contre leurs seigneurs, les paysans réduits à la misère par la famine ou la guerre, les soudards licenciés après la fin des hostilités, qui se réunissent en bandes pour vivre de rapine et de pillage, ce sont aussi les barons et les seigneurs qui, à la tête de leurs troupes, descendent de leurs châteaux pour détrousser les marchands passant dans la plaine.

Dans les villes, les hors-la-loi médiévaux pouvaient se rassembler dans d’étonnantes organisations, hautement structurées. Les termes de brigandage (criminalité plutôt rurale) et de truanderie (plutôt citadine) s’appliquent à la criminalité ordinaire.

tard venus

1. Les Tard-venus défont en 1362 à Brignais, près de Lyon, l’ost royal. Chroniques de Jean Froissart , Paris, BnF, XVe siècle.

Mais, parallèlement, se développe aussi le banditisme. Les bandes étaient, dans le principe, une petite troupe de soldats d’aventure réunis et marchant sous une bannière.
En France, les premières bandes de ce genre apparaissent sous les Capétiens à l’époque de la croisade de Louis VII, au milieu du XIIe siècle. On les voit aussi se mettre au service des rois, tant de France comme Philippe-Auguste ou d’Angleterre tel Richard Cœur de Lion. Ces routiers se mettent même plus tard au service de Simon de Monfort pendant la croisade contre les Albigeois.
Les grandes guerres du XIVe siècle voient le retour des bandes errantes surtout pendant la longue lutte de la France contre l’Angleterre, dite guerre de Cent ans. Lorsque la paix est signée à Brétigny et à Calais (1360), toutes les compagnies se trouvent livrées à elles-mêmes; continuant à faire des prisonniers et à ravager les campagnes.
Ces bandes deviennent alors le fléau du paysan qu’ils pillent et accablent des plus cruelles exactions dans l’intervalle des guerres. La plus connue de ces bandes fut celle des « Tard-Venus » dont l’effectif s’éleva à 15 000 hommes sous la conduite de Seguin de Badefol un seigneur gascon.
Dans la deuxième moitié du XIVe siècle, le connétable Bertrand Du Guesclin réussit à détourner quelques une de ces bandes sur des contrées étrangères, notamment en Espagne où il guerroie quelque temps. Plus tard, la guerre étant à nouveau ouverte entre la France et l’Angleterre, les compagnies trouvent sans peine à qui offrir leurs services.

Les Ecorcheurs

pillage de grammont

2. Pillage de la ville de Grammont (1380). Jean Froissart, Chroniques, Belgique (Bruges), XVe siècle, Paris, BnF,

Les Écorcheurs sont des troupes armées du XVe siècle, parfois confondus avec les Grandes Compagnies du siècle précédent. Ce sont des entrepreneurs de guerre qui pratiquent le pillage, le rançonnement, mais aussi les formes coutumières de la guerre médiévale (siège, défense de place forte, bataille, chevauchées) pour leur propre profit et pour celui du roi Charles VII dont ils se réclament.
Lors des périodes de paix ou de trêve, ces guerriers sans emploi se regroupent en bandes et vivent de pillages et de rançons. Au XIVe siècle, après la paix de Brétigny-Calais (1360), les armées se trouvent débandées sur place et leurs membres cassés de leurs gages. Ceux qui n’ont pas les moyens financiers pour rentrer chez eux ou veulent poursuivre leur mode de vie martial (fortement rémunérateur) forment alors des bandes autonomes de routiers qui exercent une pression sur les régions de France : ce sont les Grandes Compagnies.
Il ne faut pas les confondre avec les Écorcheurs, qui sont plutôt le fruit de l’instabilité politique de la France du XVe siècle que de la paix et ne sont pas des mercenaires au sens strict du terme. Sous Charles VII, au temps de l’occupation anglaise et de Jeanne d’Arc, les compagnies devinrent plus fortes que jamais, on y comptait des Anglais, des Français, mais aussi des Espagnols et des Allemands.
A leur tête, on trouve plusieurs grands capitaines qui, du temps de Jeanne d’Arc avaient formé le « parti de la guerre ». On peut citer Jean Poton de Xaintrailles, Etienne de Vignolles dit La Hire, Antoine de Chabannes, Guy le bâtard de Bourbon, , et Rodrigue de Villandrando.

Ces bandits continuèrent de sévir jusqu’à la Renaissance, avant d’être progressivement intégrés dans les régiments réguliers, et servir d’autres guerres.

Rodrigue de Villandrando

Un seigneur brigand occupe Villemur en 1439

armoiries villandrando

3. Armoiries de Rodrigue de Villandrando

Rodrigue de Villandrando nait en Espagne, en Castille vers 1385, descendant de seigneurs de Biscaye. Vers l’an 1200, un de ses ancêtres passa en France à la suite de Blanche de Castille, s’arrêta en Guyenne, et acquit une seigneurie près de Bazas, en un lieu qui s’appelle aujourd’hui Villandraut (Gironde).
Ses rapports avec la France étaient étroits, Thérèse, sa grand-mère, étant la sœur de Pierre de Vilaines compagnon de Bertrand du Guesclin, et c’est tout naturellement qu’il va passer la frontière et se forger une solide réputation dans la compagnie d’Amaury de Séverac en 1422. Il participe à la Bataille de Verneuil (1424) puis se livre aux pillages à partir de 1427 dans le Languedoc, les régions de Carcassonne et Nîmes, montant jusqu’à Lyon en octobre 1428.

Incorporé alors dans l’armée royale, il est chargé avec Imbert de Groslée, de la défense de la frontière bourbonnaise contre la Bourgogne.
En 1431, il est fait comte de Ribadeo en raison des services rendus à Jean II d’Aragon qui l’invite une fois par an à sa table.

Le 24 mai 1433, il épouse Marguerite de Bourbon, demi-sœur du duc Charles Ier de Bourbon et fille illégitime du duc Jean Ier de Bourbon. La grand-mère de Marguerite n’était autre que Marie de la Voie, fille de Pierre de la Voie, seigneur de Villemur.
Villandrando est alors à l’apogée de sa puissance. Ses 10 000 mercenaires sanguinaires terrorisent et rançonnent les populations et les seigneurs des régions qu’ils traversent. Lui et ses écorcheurs saccagent et pillent de nombreuses bastides.

montgilbert chateau

4. Ruines du château de Montgilbert

En échange d’un prêt de 6 000 écus à son beau-frère Charles Ier de Bourbon, il acquiert le château d’Ussel puis le château de Châteldon dans le Puy-de-Dôme. Il s’installe ensuite au château de Montgilbert dans l’Allier de 1434 à 1439.

En 1438, « alors qu’une première armée d’écorcheurs ravage l’est de la France, un deuxième grand groupe d’Écorcheurs sillonne le sud du royaume  commandé par Rodrigue de Villandrando. Début novembre 1438, le capitaine castillan se trouve en Bordelais, où il a mené durant l’été une expédition l’ayant conduit à tenter de prendre la ville de Bordeaux, sans succès.
Plusieurs troupes opèrent alors dans le sud du royaume : Poton de Xaintrailles l’accompagne dans son expédition en Guyenne et en Gascogne,  Gui, bâtard de Bourbon, est en Languedoc, causant avec d’autres capitaines des dommages qui préoccupent le roi. En effet, pour Charles VII, la crainte est grande de voir migrer tous ces gens de guerre vers le Languedoc pour y passer l’hiver.

carte écorcheurs

5. Les Écorcheurs dans le sud du royaume de France (conception et réalisation de la  carte Christophe Furon)

C’est ce qu’il exprime dans une lettre du 15 novembre 1438, où il demande aux habitants de la région de payer une contribution pour financer leur stationnement hivernal en Guyenne, où ils gêneront surtout les Anglais, et éviter ainsi qu’ils ne viennent dévaster la région ». ( 1 )
Mais Villandrando, Poton de Xaintrailles et Gui, bâtard de Bourbon, entrent bientôt en Comminges à l’appel du comte d’Armagnac alors en conflit avec Mathieu de Foix. Puis leur route les amène devant Carcassonne où les défenseurs les repoussent. Fin novembre, les trois capitaines la ville de Salses près de Perpignan. Alors que les rois d’Aragon et de Navarre craignent que les écorcheurs ne traversent les Pyrénées, Villandrando prend la direction de Toulouse et s’empare de Villemur au début de l’année 1439, la place étant tenue par Pierre et Gaspard de Foix qui ont succédé à leur père Jean, décédé en 1436. Ils occupent également Beauzelle sur la Garonne, ainsi que d’autres postes commandant des voies de circulation.

quittance villandrando

6. Quittance de Rodrigo de Villandrando; BnF

Les « routiers » vont entamer le blocus de Toulouse, en rançonnant les convois de marchandises, tout en continuant de piller, incendier, et ravager les campagnes environnantes. C’est le dauphin Louis, futur Louis XI qui va débloquer la situation. Alors lieutenant général en Languedoc, il va dépêcher ses négociateurs qui vont trouver un accord entre les capitouls et les chefs des routiers : la libération de la ville contre une rançon de 2.000 écus d’or pour Villandrando et 1.000 pour Gui de Bourbon en plus des cadeaux offerts à leurs officiers. Villemur est par là-même libérée de l’emprise des « routiers ».
Dans la tâche difficile qui lui était assignée,Louis fait preuve d’esprit de justice et d’habileté. Il s’efforce de réparer les torts causés par la « brigandise » des routiers. Un acte intéressant est rapporté dans un registre de la viguerie de Toulouse : un écuyer, Paul de Rouset se laisse prendre aux “belles et doulces paroles” d’un chef de bande. Retenu prisonnier au château de Villemur, il doit verser pour se libérer 200 écus d’or, mais il demande aide et protection au lieutenant-général, le dauphin Louis qui ordonne au viguier de Toulouse de restituer la somme extorquée et dispense le plaignant du service militaire.(2)

Dans les Comminges La situation s’arrangea aussi contre espèces sonnantes et trébuchantes qui tombèrent dans l’escarcelle de Villandrando.
Ce dernier partit avec ses hommes pour l’Espagne où il termina sa vie comme maréchal de Castille, au service du Roi, après avoir légué ses biens à l’Église de son pays natal. Réfugié dans une vie pieuse, il meurt vers 1457 et est inhumé dans la cathédrale de Valladolid.

JCF / AVH  janvier 2020

(1) Je recommande vivement la lecture du remarquable article  de  Christophe Furon (Université Paris-Sorbonne) « Gens de guerre en hiver : le cas des Écorcheurs durant l’hiver 1438–1439 », Questes, 34 | 2016, 85-118.
(2) Article de Marcelle Bonnafous ” Toulouse et Louis XI “ paru dans les  Annales du Midi, Année 1927 39-153-154 pp. 1-54

Référence électronique :
https://journals.openedition.org/questes/4374

Autres Sources :
Rodrigue de Villandrando, J.Quicherat, directeur de l’Ecole des Chartes,Paris, Librairie Hachette, 1879.
Wikipedia.org

Crédit photographique :
1, 2, 3 :
Wikipédia. 4 : Wikimedia.org 5 : Christophe Furon. 6 : BnF Gallica

 

 

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