1789 : la grande peur à Villemur

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La Panique à Villemur au commencement d’août 1789.

 

la bastille

La Prise de la Bastille, anonyme vers 1790, musée de la Révolution française.

Nous voici quelques semaines après la prise de la Bastille. La monarchie s’est effondrée, tout un peuple attend de nouvelles réformes mises en avant dans les cahiers de doléances. Le peuple est plein d’espoir mais en même temps il a peur de la répression, d’un complot aristocratique. Peur de l’ennemi qui pourrait s’emparer des terres délaissées, peur que les doléances restent lettres mortes, Pas question de se laisser faire ! Cette rumeur prend de l’ampleur, s’étend à plusieurs provinces du royaume Une Grande Peur se répand dans les campagnes. En de nombreux endroits, les paysans s’arment sur la foi de rumeurs qui font état d’attaques de brigands ou de gens d’armes à la solde des « aristocrates ». Le tocsin sonne aux églises des villages, propageant la panique. Le  sud-ouest n’échappe pas à ces rumeurs qui arrivent à Villemur. 
Dans la nuit du 4 août 1789, pour répondre à cette insurrection, les députés de l’Assemblée nationale constituante, dans un bel élan d’unanimité, proclament l’abolition des droits féodaux et de divers privilèges.
Le 8 août, le maire de l’époque Jean-Baptiste Subsol de Puilauron a souhaité laisser à la postérité, le récit de cette journée du 3 août 1789.
Voici l’intégralité de cette délibération.

   Relation de la délibération du 8 août 1789 concernant les événements du 3 août.

L’an mil sept cent quatre-vingt neuf et le huitième jour du mois d’août, avant midi et dans la greffe consulaire de Villemur, par-devant Jean-Baptiste Subsol de Puilauron, seigneur dudit Puilauron, premier consul et maire ; Jean Pendaries, lieutenant de maire ; les sieurs Jean Campan et Jean Brusson, troisième et quatrième consul dudit Villemur, assistés de M° Abdon Coulom, procureur fiscal de la dite ville et Vicomté, a été assemblé le conseil politique, en la forme ordinaire, auquel ont été présents et opinants : M° Rouëre, curé ; noble Malpel de Latour fils, écuyer ; le sieur Jean Lapeire, bourgeois ; le sieur Jean Vaissié, négociant ; le sieur Jacques Mathieu greffier de la judicature ; le sieur Pierre-Louis Belluc bourgeois ; Jean Gailhac charron et Joseph Sizes traficant, les autres conseillers politiques absents, quoique dûment appelés par billet du jour d’hier.

Monsieur de Puilauron, maire, a dit :

« Messieurs, en vous rappelant l’événement arrivé le 3 de ce mois, non seulement dans cette ville, mais encore dans une circonférence d’environ trente lieues, (1)  je me suis proposé à laisser à la postérité, dans les archives de cette ville, le détail d’une effervescence dont on ne saurait peindre une image exacte, sans en avoir été le témoin. Quoique ordinairement, les relations soient exagérées, je doute qu’on puisse tomber dans l’hyperbole. (2)

mise a sac strasbourg

Mise à sac de l’Hôtel de ville de Strasbourg, le 21 juillet 1789

En effet, une alarme née aux environs de l’Isle-en-Albigeois, à Rabastens, à six heures du matin, parvenue dans cette ville en l’espace de 3/4 d’heure, quoique éloignée de trois lieues, par le tocsin de villages intermédiaires en courant rapidement par la même cause entre Albi, Lavaur, Toulouse, Montauban, a fait courir aux armes une multitude de peuple. Les bords de la Garonne, du Tarn, de l’Aveyron furent bordés de gens armés pour en défendre le passage.
Tout le pays circonscrit par ces rivières, couvert de plus de soixante mille hommes montre que le pays des français a encore cette énergie qui l’a fait placer, dans tous les siècles, au rang des nations célèbres.
Mais, messieurs, si cet  événement a servi à développer l’énergie française, il n’est pas aisé de connaitre la véritable cause de cette effervescence.
A la vérité, les esprits étaient préparés par le bruit qui s’était répandu qu’une troupe de scélérats, rassemblés dans l’Agenais et dans le Périgord, commettait les excès les plus effrayants par des meurtres et des incendies.

D’autre côté, la Révolution arrivée dans la capitale du royaume (3) devait avoir chassé nombre de mauvais sujets, les provinces, étaient averties de veiller à leur sûreté, la crainte multipliait ces êtres malfaisants, l’imagination les plaçait aux portes de chacun, sans cependant qu’il y ait, dans la journée du 3, paru un seul; et s’il en existe actuellement quelque part, je doute que leur plan puisse les conduire dans cette contrée.

delire patriotique

Nuit du 4 août ou le délire patriotique

Quelle que soit la cause d’un tel événement, nous n’oublierons jamais, Messieurs, le zèle de la ville de Toulouse.
La voix de l’effroi représenta notre ville attaquée par une horde sauvage de brigands. Déjà on voyait de loin les flammes qui annonçaient les plus grands malheurs. Mille hommes d’infanterie partent vivement au secours avec les provisions nécessaires, militaires et comestibles, pour plusieurs jours; une troupe de dragons précède cette infanterie; une troupe de cavalerie de plus de 60 volontaires, nombre de cavaliers de corps de maréchaussée, le tout commandé par Monsieur de Cambon, maréchal de camp des armées du Roi et général de l’armée patriotique de Toulouse, courent à notre ville.
Ce ne fut presque qu’aux portes que le secours se retira; mais nous vîmes arriver le général avec les cavaliers volontaires et la maréchaussée vers les huit heures du soir. Nous fîmes nos efforts pour les recevoir, les principaux notables de cette ville se sont efforcés de montrer notre sensibilité et notre reconnaissance.

Je jugeai qu’il était convenable de payer la dépense des hommes et des chevaux, j’ai pris sur moi cette dépense ne pouvant vous en communiquer le dessein, mais je ne doute pas de votre approbation. Cette dépense se porte selon l’acquit d’Hugonnenc, Esquié, Lala et Dunoyé, à la somme de quatre– vingt-une livres, treize sols, neuf deniers… »
 Il reste encore messieurs, plusieurs objets de dépenses indispensables, mais que nous ne pouvons prendre sur nous sans l’approbation de M. l’intendant. Vous avez vu l’impossibilité d’avoir des armes la journée du 3 et dans quelques autres alarmes moins considérables qui avaient précédé. Il faudrait au moins trente fusils  et qu’est-ce même pour armer 400 hommes dont est composée la garde bourgeoise ?

nuit du quatre aout

Estampe de la séance du 4 août par Charles Monnet, (musée de la Révolution française)

Mais au moins en faudrait il avoir pour armer la garde journalière Nous sommes sans munitions ; il faut dans cette année allumer les lanternes quelques mois avant l’usage ordinaire Enfin Messieurs, notre sûreté même pour l’intérieur demande beaucoup de précautions.
De plus, 8 commissaires, agréés par l’assemblée patriotique, viendront soulager les fonctions de MM. Les Maire et Consuls dans l’administration distributive de la police, à savoir MM. De Vacquié, Maliver avocats, Serin, Belluc, Vaissière, Gourdou, Ratier greffier de la Maîtrise et Bosc. »

Le maire a dit de plus qu’il convenait de faire une députation pour témoigner à MM. Les Capitouls de la ville de Toulouse, à M. de Cambon, général de l’armée patriotique de Toulouse et à plusieurs seigneurs de sa suite, les sentiments de reconnaissance, de sensibilité pour le zèle employé dans la journée du 3, en venant au secours de cette ville sur le rapport de désolation dont on leur avait fait la peinture, quoique fausse alarme.
« Sur quoi Messieurs, je vous propose MM.  nobles de Pouzols Saint-Maurice, de Vacquié, M. Viguier fils actuellement à Toulouse, et M. Roques fils. Ces messieurs seront priés de vouloir bien prendre cette honorable députation ; les frais en seront pris sur les dépenses imprévues. »

Ouï le procureur fiscal et les voix recueillies, a été délibéré.

JCF / AVH octobre 2019

Sources :
Délibérations consulaires 1D 11, 2 mai 1788 29 mai 1790, Archives communales, Villemur-sur-Tarn.
Et relaté dans la Revue des Pyrénées, tome X, 1898 sous le titre : La Panique à Villemur au commencement d’août 1789. Toulouse, imprimerie et librairie Edouard Privat.

(1) Environ 133 km. 1 lieue = 4,4448 km
(2) Figure de rhétorique consistant à mettre en relief une idée en employant des mots qui vont au-delà de la pensée.
(3) Il s’agit de la prise de la Bastille

Crédit photo :
Wikipédia

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