Rue de la Côte, rue des Huguenots, rue Jean-Marie Elie Brusson

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Rue de la Côte,

Rue des Huguenots,

Rue Jean-Marie Elie Brusson

 

La rue de la Côte

chemin de la pierre

1 bis. Villemur “pris de la côte du chemin de la pierre”

Pour clore la visite de l’ancien Faubourg Notre-Dame, prenons de la hauteur avec la rue de la Côte, débutant à l’angle formé par la place du souvenir et  la rue JME Brusson pour se prolonger par la « Route de la Côte » tout en haut du coteau jusqu’à la Croix de la Peyre, « la côte du chemin de la pierre ». (voir la photo) Sur certains plans on retrouve la dénomination de « route des crêtes » pour la partie supérieure après le croisement de l’impasse de la Régine.

rue de la cote

1. La rue de la Côte

Le nom de « rue de la Côte » apparait seulement sur le recensement de 1931, appelée auparavant « Côte Notre-Dame » en 1926. Sur les documents précédents les habitants sont recensés place Notre-Dame, aucune mention spécifique des habitants de la côte. Pour bien des villemuriens elle est encore « la côte Béziat » du nom de la Tour qui domine la ville quelques centaines de mètres plus haut.

 

Elle a été empruntée à pied par des générations de villemuriens, pour accéder sur les hauteurs de la ville aux « pièces » de terre des Anglas, Russel ou Tire-Crabe.

coniferes de la cote

Les conifères bordant la côte

Après les dernières maisons de la ville, au bout d’une centaine de mètres, voilà à gauche l’impasse de la Régine. Autrefois, par ce chemin, on pouvait accéder au ruisseau de Bifranc. La rampe est d’un fort pourcentage jusqu’aux 9 conifères qui tels des sentinelles montent la garde depuis plus d’un siècle. Voici ensuite la Tour Béziat, ( ♥ lire l’article de septembre 2018) promontoire unique qui a permis d’assister à des événements tragiques, le pont emporté par les flots en 1930 ou le bombardement de Toulouse en 1944. Passée la Tour, la pente est moins forte et on peut profiter alors d’un panorama somptueux sur la vallée du Tarn. Avec un peu de chance, certains jours sans brume, on voit la chaîne des Pyrénées se profiler à l’horizon.

plans de ville

2. A gauche, plan Junière de 1779, à droite plan Girou de 1839/42

Comme on peut le voir sur le plan ci-dessus, en 1779, une seule maison dans la côte, celle d’Antoine Rieux, radelier (parcelle 36), deux maisons barrent le fond de la « Promenade de Notre-Dame » la grange de Martial Gibert (33) et la maison et jardin de Pierre Pendaries (34) Dans la côte seulement les jardins de Benoit Gailhac (30) et de Pierre Galan, radelier (35) et la terre d’Antoine Galan. (29)

Ce n’est qu’à partir de début 1800 que la rue va se peupler, de façon bien modeste et on retrouve aujourd’hui le même nombre de maisons qu’au début du 19e siècle. Une des constructions les plus anciennes semble être le pigeonnier dans le jardin au n° 11 de la rue, mentionné sur le cadastre napoléonien de 1812.  ( une belle location chez l’habitant !)
De vieilles familles villemuriennes ont vécu dans cette rue, je pense entre autres aux Muratet, Navech, Vigouroux…, ainsi que Maurice et Marcelle Miramont les commerçants de la place du Souvenir voisine.
Peu de commerces dans cette rue excentrée : on se souvient toutefois du transporteur Jacques Gilard qui émigra plus tard place de la Résistance, mentionnons également la brève existence du commerce de dépannage et services de M. Audouard.

pigeonnier

3. Une vue récente du pigeonnier de la côte encadrée de deux photos plus anciennes (2003) signées Pierre Villa.

La rue des Huguenots.

Cette petite rue est curieusement une des plus longues de la ville, entre la rue de la Côte et les allées Charles de Gaulle.
Comme pour la rue de la Côte, c’est en 1931 qu’apparait pour la première fois le nom de « rue des Huguenots »
Pourquoi cette appellation ? Il faut effectuer un bond de plusieurs siècles en arrière pour trouver la réponse. Après des guerres de religion qui ont ravagé et divisé le pays, le dialogue a repris entre catholiques et protestants. Ces derniers, en 1663, déclarent délaisser en faveur des catholiques la partie du cimetière qui leur appartenait, proche de l’église Saint-Jean, sur l’emplacement du cimetière actuel. En 1665, ils indiquent l’endroit où ils souhaitent enterrer leurs morts : « … (une) partie du jardin que Suzanne de Coderc veuve de François Verdier a hors de la présente ville (au) lieu de Mirabel à prendre du côté du chemin de service, jardin de Guilhaume Roques et pièce du sieur Verdier… » (1)

cimetiere protestant

4. L’immeuble du 23 rue des Huguenots

Dans le contrat de vente du 3 février 1666, il est même précisé que cette pièce de terre appartenant à Suzanne de Coderc « est proche le fiéral (foirail) Notre-Dame hors les murs de cette ville, terroir nommé de mirabel ».(2) Le foirail Notre-Dame correspond aujourd’hui à la place du Souvenir.  Où situer ce cimetière actuellement ? Une première indication m’avait amené à le localiser proche de ce chemin de service cité plus haut, à savoir la portion de la rue comprise entre la rue de la Côte et le n°23, immeuble construit par Jean Vincens. C’est là précisément sous cet immeuble que se trouve la clé du mystère.
Explication : à la fin des années 60, un commerçant villemurien rachète la bâtisse, un vaste hangar où autrefois Pierre Malpel entreposait bois, charbon et alambic , avec l’intention d’y implanter un hôtel. C’est Jean Vincens l’entrepreneur qui est chargé4 des travaux… et qui met à jour de nombreux ossements en creusant les fondations…! Jean Vincens avertit la municipalité (sans suite) et porte à expertiser quelques dents au dentiste voisin M. Gottero qui ne peut que constater leur ancienneté sans pouvoir les dater ! Voilà donc vraisemblablement où se situait la cimetière protestant. Pour la petite histoire, l’hôtel ne vit jamais le jour, le commerçant fit faillite, et c’est Jean Vincens qui ayant engagé les travaux, termina la construction de ce petit immeuble de deux étage, et en fit d’ailleurs son domicile. (3)

Ce cimetière fut abandonné bien plus tard, lorsque la population huguenote devint confidentielle, (4) mais la tradition orale de la désignation de ce lieu se perpétua jusqu’à nous. En 1900, dans les délibérations municipales on peut lire : « A la suite d’une demande adressée au conseil par plusieurs propriétaires, le chemin dit des Carreylous, ou coin des Huguenots sera réparé incessamment. »
Ma tante Marie Mouyssac et son mari Lucien Castella, mariés en 1907 ont vécu dans cette rue des Huguenots. Ci-dessous j’ai regroupé un florilège des diverses adresses auxquelles le courrier leur a été adressé, courrier qu’ils ont toutefois reçu ! Côte Notre-Dame, Rue Notre-Dame, à la Promenade, montée Notre-Dame, place Notre-Dame, faubourg Notre-Dame (côte), quartier Notre-Dame, rue des Careillous, les Carriérous, enfin rue des Huguenots ! Excusez du peu !

courriers divers

5. Les divers courriers adressés à Marie et Lucien Castella

Ont habité la rue des Huguenots, , les familles RochéCampagno, Malet et Roger Vignals…   François Rey (un des sauveteurs de 1930).  Le menuisier Raoul Hernandez y avait son atelier, à côté de celui d’Arnaud Duffaut surnommé « le Chimic » sympathique et populaire chiffonnier qui criait à tue tête dans les rues : « Pelharot ! pels de lapi » ! ( Chiffonnier ! Peaux de lapin !. Dans l’immeuble construit par son père,  Brigitte Vincens a ouvert un salon de soins esthétiques dans les années 80.

Une centaine de mètres plus loin un virage à 90° amène la rue des Huguenots jusqu’aux allées du Général de Gaulle.  
Dans l’angle de la rue, à droite, l’association caritative « Le Panier Villemurien » a succédé au centre de dialyse.

cinemas

6. Les cinémas de la rue des Huguenots

Les plus anciens se souviennent de l’existence en ce lieu, des cinémas « Le Mermoz » créé en 1958 par Pierrot Allières devenu ensuite « Le Royal » sous la houlette de Joseph Falba. En descendant vers les allées la maison de gauche a autrefois abrité la Société Pyrénéenne d’Energie électrique dans les années 30 puis de l’Electricité De France, à la fin des années 40. Plus loin était l’atelier du tonnelier Jean Meilhou.
A droite dans les anciens bâtiments du potier Jean Castella puis de la famille Aussal, s’installera dans les années 50 David Gallo marchand de charbon puis de combustibles auquel succèdera son fils Henri.

Dans le coude de la rue, à gauche l’impasse des Huguenots permet d’accéder à l’ancien gymnase, qui abrite désormais un mur d’escalade, un boulodrome et diverses associations sportives (Pétanque, ski).

La rue Jean-Marie Elie Brusson

Elle fait partie des nouvelles voies ouvertes dans le cadre du plan d’urbanisme mis en œuvre par la municipalité de Charles Ourgaut après les inondations de 1930.

tour de ville

7. La réalisation du “tour de ville”

La création de cette voie permettait d’abord un accès direct à la rue des Huguenots, mais surtout donnait la possibilité d’effectuer un véritable « tour de ville » grâce au percement de l’avenue du Quercy dans le prolongement des rues Stradélis, de l’Hospice, et Henri de Navarre.

Le tracé retenu effectue une sorte d’arc de cercle au milieu de jardins, mais nécessite la démolition de plusieurs immeubles à chaque extrémité. La destruction la plus spectaculaire est celle de la caserne de gendarmerie ( ) et ses écuries  qui s’élevait face au pont sur le Tarn , et dont la construction datait des années 1830/1840. A l’autre extrémité, au croisement de la rue de la Côte avec la partie supérieure de la Place du Souvenir on démolit également les maisons de Louis Galan et de Jeanne Molinières. Ces travaux sont effectués au cours des années 1934 et 1935.

ancienne gendarmerie

8. L’ancienne gendarmerie

Dans le plan de reconstruction de la ville, sous la direction de l’architecte Félix Thillet, une nouvelle gendarmerie voit le jour côté droit, à l’angle de la nouvelle voie et des allées Notre-Dame, adossée au café Boun (café des Allées) De l’autre côté, en dehors de l’emprise de la rue à ouvrir, il reste une surface d’environ 70 m² adossée à l’immeuble Brusson, occupé à l’époque par le notaire Ginestet. Un bâtiment nouveau va voir le jour donnant une belle perspective à la rue ; propriété de la mairie, il sera occupé plus tard par le percepteur des impôts.


Deux commerces seulement le long de cette rue, André Béziat marchand de combustibles (bois charbon fuel) et tout à côté un établissement qui eut ses heures de gloire pendant des décennies « Le caveau du Père François » fondé par François Boun, électricien de profession, et par son épouse Maria. Ce grand bâtiment abritait une vaste piste de danse à l’étage, le sous-sol étant réservé à la restauration : quantité de banquets, repas de baptême, communion, mariages s’y sont déroulés.  Plus tard l’établissement, sous la houlette de Maria est devenu pension de famille, et a même abrité au moins deux autres commerces : le vétérinaire Cantegreil dans les années 80 et la salle de remise en forme d’Eric Plasse (fils du cafetier) dans les années 90.

JCF / AVH  Juillet/ septembre 2021

Merci à Jean-Luc Mouyssac et Pierre Villa pour leur contribution.

Sources :
Archives communales de Villemur-sur-Tarn
Archives départementales de la Haute-Garonne
Christian Teysseyre, Nouvelle Histoire de Villemur Tome 2 

Transcriptions de Jean-Charles Rivière, extraits des registres des notaires de Villemur

Notes :
(1) Jean Esteverin , notaire de Villemur, minutes 1664-1666, f°697 et ss. ADHG, cote 3E 21831 transcription Jean-Charles Rivière
(2) Jean Esteverin , notaire de Villemur, minutes 1664-1666, f°761 et ss. ADHG, cote 3E 21831 transcription Jean-Charles Rivière
(3) Information donnée par Madame Annie Vincens, (épouse de Jean Vincens †) août 2021.
(4) En 1691 ce cimetière est vacant et en friche; “(on situait alors) semble t’il le cimetière protestant dans les jardins du temple démoli entre la rue du Temple et l’impasse des Stradelis” cf Ch. Teysseyre Nlle histoire de Villemur, tome 2, p. 492

Illustrations :
1,5 et rue Brusson :
J.C.François  1bis : archives AVH et Pierre Villa. 1 ter : Pierre Villa. 2 : archives AVH et ADHG 3. http://pigeonnier.villemur.free.fr/ 4 : Google 7 : ADHG 8 : Jean-Luc Mouyssac Publicités : Pierre Villa et J-C François

 

 

 

 

 

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