Les prisons de Villemur

Commentaires fermés sur Les prisons de Villemur Regards sur le passé. Faits marquants, anecdotes et histoires insolites

Les prisons de Villemur

 

Avant de vous conter l’évasion d’un prisonnier en 1763, un petit historique des prisons de la ville s’impose.

Jusqu’à sa démolition débutée en 1631, c’est dans le château que se trouvaient les prisons de la ville, comme en témoignent les exemples glanés dans les extraits des registres des notaires de Villemur transcrits par Jean-Charles Rivière :  Paul Molins notaire, est « détenu prisonnier aux carceres du chasteau dudit Villemur »  (8/7/1594 François Corrèze notaire) Jean Maury et Jean Molinier sont prisonniers au château de Villemur, Jacques Meure, en est le « geollier » (le 18/3/1623 notaire Arnaud Benoist) … (1) En août 1629, peu avant la reddition de Montauban, des otages sont conduits au château de Villemur par des soldats du Maréchal de Bassompière. (2)

Après 1631, le château étant désaffecté et en cours de démantèlement, les prisons vont trouver refuge – à preuve du contraire – au centre de la cité dans un pâté de maisons vétustes appelé le « moulon »  de l’hôtel de ville. Toujours dans les transcriptions de Jean-Charles Rivière on trouve trace de Jean Sicard « dit marroquin,  geollier des prisons royales de Villemur » (15/1/1633 Arnaud Benoist notaire). Plus tard un certain Gabriel Lavernhe est « jaulier des carces du château » (27/4/1656 Jacques Pinu notaire). (3)

emplacement prison

1.Emplacement de la prison sur le plan de 1779.

 Faisons également référence à Christian Teysseyre qui consacre un chapitre sur les prisons dans le tome 2 de la « Nouvelle histoire de Villemur » Il rapporte la visite à Villemur en 1675, de Louis de Froidour, (4) grand Maître des Eaux et Forêts à Toulouse. Pendant des années Froidour sillonne la région, fait ses rapports sur la réorganisation et l’état des forêts royales, mais les intendants toulousains lui confient également d’autres missions concernant le domaine royal. Ainsi à Villemur Froidour va inspecter scrupuleusement la chaussée, le moulin, les métairies et granges, le four banal et les prisons. Que dit son rapport sur ces dernières ? « Nous nous sommes transportés à la maison du roi, où là siègent la police  et  les prisons…La prison est entièrement rompue (entendre délabrée)  les prisonniers l’ayant brisée depuis plusieurs années, de même une grille de fer qui y était et qui ne sert presque plus à rien… Au-dessus de la salle d’audience (se trouve) la  galerie du concierge allant aux lieux secrets (les toilettes), tous rompus et détruits  et le canon des lieux secrets et qui cause une grande infection et incommodité dans toute la maison… Nous sommes ensuite montés à la chambre  où l’on tient les prisonniers; puis passé à la chambre qui est celle du concierge … la porte de la chambre du concierge est toute corrompue.  Etant monté à l’étage qui est au-dessus dudit appartement, nous avons trouvé que la galerie qui (y) était autrefois  était non seulement ruinée, mais emportée. Il est absolument nécessaire d’en faire une autre… » (5)

Un rapport désastreux sur l’état de délabrement du bâtiment des prisons ! 

Les années passent…. En 1713, dans la délibération du conseil du 12 février on peut lire, toujours cité par Christian Teysseyre : « Les prisons de cette ville sont en si mauvais état qu’il y a longtemps que les concierges de celles-ci sont obligés de les abandonner. Enfin elles sont sans aucune fermeture et hors d’état de mettre aucune personne » De ce fait, héberger un prisonnier coûte très cher puisqu’il faut payer des gardes à la surveillance.  (6) On envisage, avec quelques réparations de trouver un recoin sous l’escalier de l’Hôtel de Ville pour  héberger les prisonniers !

Les années passent … mais la prison pose toujours problème et s’évader semble plutôt facile ! Témoin le procès-verbal d’une évasion retrouvé voici quelques années dans les archives communales de Villemur  : 

« L’an 1763 et le premier jour du mois de septembre, nous, Anthoine Mathieu, Conseiller du Roy, maire de Villemur, Jean Ratier et Jean-Pierre Hugonnenc premier et second consul de la ville, nous sommes transportés dans les prisons dudit Villemur dans lesquelles nous avions le vingt-deuxième du mois d’août dernier enfermé et écroué le nommé Coaillac, tambour,  habitant de Pauliac (Paulhac) pour fait de rébellion et de désobéissance à nos ordres.

Et nous n’avons point trouvé le dit Coaillac dans les prisons. Surquoy nous avons interpellé la femme du geolier en l’absence don mari. Laquelle nous a répondu être sortie dans la matinée de ce jourd’hui et particulièrement pour aller chercher la ration du dit Coaillac, et que le dit prisonnier aurait profité de son absence et de celle de son mari pour percer le plancher, d’où il était parvenu à une chambre haute où étant,  le dit Coaillac aurait attaché une corde à la fenêtre qui donne au septentrion au moyen de laquelle il était descendu dans une petite rue inhabitée.

Nous dits, maire et consuls, faisant la perquisition de l’état de ces choses, nous avons réellement  trouvé le plancher percé et une corde attachée à la dite fenêtre, et suspendue en dehors dans la dite rue au septentrion.

Et de ce dessus, de même que de l’évasion du dit Coaillac, nous avons dressé notre présent procès-verbal en double, original pour être déposé dans notre greffe,  et le second pour être envoyé à qui il appartiendra pour y être fait droit. En foy de ce nous sommes signés. »

Antoine Mathieu maire, Jean Ratier consul, Jean-Pierre Hugonnenc consul.

evasion des prisons

2. Procès-verbal “dévasion des prisons” 1763

A la suite de cet épisode de l’évasion de 1763,  aucune réparation, aucune amélioration, puisqu’en octobre 1795 on peut lire dans les délibérations : « Les prisons à l’usage de cette commune ont un besoin indispensable d’être réparées pour éviter que les détenus ne s’évadent, ce qui est déjà arrivé plusieurs fois. »
Tant et si bien qu’en 1795  les 50 prisonniers espagnols capturés à Figueras au cours de la guerre contre l’Espagne seront enfermés dans la Tour du Moulin. (7)

 Après la révolution, le vicomte Guy Ménoire de Beaujau conserve tous ses biens, à savoir : moulins, maison seigneuriale…et prison qui dépendaient de l’ancienne terre de Villemur. Après le décès du couple Beaujau, l’unique héritière est leur petite-fille, Madame de Brivazac. En 1824 elle vend ses biens, les nouveaux acquéreurs sont Pierre Roques, et ses gendres, le marquis de Tauriac et Léon Chaptive.

loyer prison

3.Loyer de la prison , 1806

loyer prison

4. Loyer de la prison, 1827.

C’est ainsi que la municipalité de Villemur va devoir payer chaque mois un loyer pour la prison, on en trouve d’ailleurs la trace dans les budgets de la commune à partir de 1806. Le prix ne va quasiment pas varier, 50 francs par an. En 1823 la prison est sans gardien depuis 1816 ! (Délibération du 15 mai) Depuis des lustres aucune amélioration n’est intervenue « Ce défaut de geôlier présente des inconvénients graves puisqu’il est arriva plusieurs fois que des prisonniers se sont évadés pour n’avoir point été surveillés par un geôlier ; il est donc indispensable d’établir un traitement pour un gardien de prison chargé de surveiller les prisonniers et de tenir les prisons propres. »
L’année suivante, on va remédier à cette carence,  un « concierge des prisons » est enfin trouvé : salaire 100 francs par an.

En 1827 (Délibération du 3 mai) le Marquis de Tauriac, un des propriétaires, souhaite disposer, à des fins personnelles, du local dit des prisons. Il engage de ce fait le Conseil à trouver un autre bâtiment à cet usage.

emplacement corps de garde

5. Emplacement du corps de garde (Plan Girou de 1839, 1 O 11, A.D de la Hte-Garonne)

Une solution semble trouvée par le maire Pierre Roques. Il propose le corps de garde de la Garde Nationale … qui lui appartient !  (Rappel : le corps de garde fait partie de l’héritage acheté à la famille de Ménoire par le trio Roques ⁄ de Tauriac ⁄ Chaptive) On lit dans la délibération du 3 mai : « Le corps de garde de la garde nationale est un local propre pour servir de prison. On pourrait dans la suite y construire un escalier pour descendre à la rivière, ce qui serait un très grand avantage pour la ville » La suite précise que Villemur, chef lieu de canton se doit d’être doté d’une prison de police « pour la punition des contraventions de simple police, (qu’elle) doit servir de dépôt de sûreté pour les prévenus, les accusés et les condamnés qui sont transférés d’une prison dans une autre. » On y lit aussi que le grand escalier pour descendre à la rivière sera construit « quand la commune aura les moyens » !
Mais ce projet ne verra jamais le jour, la somme de 2.324, 22 francs, jugée trop élevée, fait hésiter le Conseil.

prison corps de garde

6. Projet de construction de la prison dans le corps de garde 1827 (A.D. Hte-Garonne)


En 1832, dans la session du conseil municipal consacrée aux comptes de gestion de la commune, le rapporteur Emmanuel de Vacquié note au chapitre des dépenses imprévues, « la somme de 46 francs 30 centimes pour réparations à la prison à la suite des dégradations commises par un prisonnier déposé par la gendarmerie. Dix journées de maçon et le reste  en barreaux de fer, chaux, planches de chêne. La commission n’a pu croire qu’en une nuit, un prisonnier ait occasionné un tel dégât. elle a pensé qu’emporté par son zèle et son amour de l’art, le maçon aura voulu remettre à neuf une pièce entière d’un bâtiment qui n’appartient pas à la commune. »

Est-ce la goutte d’eau qui fait déborder le vase ? Bientôt ,au début de 1833,  une autre solution va poindre : le projet du Corps de Garde est abandonné,  la commune projetant d’acheter le local des prisons.  On charge Jean-Pierre Darasse maître-maçon d’en faire une estimation, le prix avancé de 3.000 francs devant supporté par la commune de Villemur et  par les communes foraines du canton selon la proposition d’Emmanuel de Vacquié.  Les tractations avec Monsieur de Tauriac (co)propriétaire s’engagent le 1er août 1833,  la vente est définitivement régularisée le 17 décembre 1834, le montant de la transaction s’élevant à 3.396 francs et 44 centimes. Les communes de Mirepoix Layrac et Le Born sont vivement sollicitées pour contribuer à cette acquisition.

situation des prisons

7. Situation des prisons sur le plan de 1842

Au chapitre des projets, qui manqua de compromettre le précédent, celui de l’acquisition de tout ou partie du bâtiment dit « le Château » (Les Greniers du Roy aujourd’hui) appartenant au maire Pierre Roques, ne verra pas le jour. On devait y construire l’Hôtel de Ville, le prétoire de la Justice de Paix, une maison d’école, une prison et la brigade de gendarmerie (Délibération du 10 /3 /1835)

Dès l’achat de la prison par la commune on remarque avec curiosité , et ce dès 1834 , que l’on continue d’ allouer la somme de 50 francs pour le loyer de la prison. Un salaire de 80 francs est consacré au gardien, et une ligne du budget est consacrée ” aux intérêts de la prison” qui en fait a été achetée à crédit ! Ces sommes figureront au budget jusqu’en 1848, date à laquelle la prison sera détruite, comme d’ailleurs toutes les maisons du “moulon” vétuste, pour laisser place à la future place de l’Hôtel-de-ville. ( )

Faute d’autres d’informations, on peut penser qu’après cette date, les futurs prisonniers rejoindront la cellule de la gendarmerie dont une brigade fut créée à Villemur dans le premiers tiers du XIXe siècle, avant d’être incarcérés dans l’ancienne Maison d’arrêt des allées Jules-Guesde puis plus tard dans la prison Saint-Michel de Toulouse. (8)

 

JCF / ACH novembre 2020

Notes :
(1) Transcriptions de Jean-Charles Rivière
(2) Henry Le Bret, Histoire de la ville de Montauban, 1668.
(3) Transcriptions de Jean-Charles Rivière
(4) né vers 1625-1685 nommé en 1662 Grand-maître des Forêts par Colbert, chargé en 1666 de la réorganisation des forêts de la grande Maîtrise de Toulouse, Colbert le nomme « Grand maître enquêteur général et réformateur » à Toulouse en 1673, en remerciement des services rendus .Il est enterré à Toulouse dans la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse.
(5) Christian Teysseyre “Nouvelle Histoire de Villemur’ Tome 2 Pages 483/484
(6) Ibid.
(7) Lire dans l’onglet HISTOIRE,(Regards sur le passé) l’article : 1795, des prisonniers espagnols à Villemur.
(8) dont l’architecte fut Jacques-Jean Esquié, à qui on doit les plans de l’église Saint-Michel de Villemur

Sources :
Jean-Charles RIVIERE: Transcription des extraits des registres de notaire de Villemur http://zerbania.chez.com/act_vrac_vr/actvraci.htm
Christian TEYSSEYRE : “Nouvelle Histoire de Villemur Tome 2 Editions Fleurines, 2016
Commune de Villemur-sur-Tarn. 1 D 17 : registre des délibérations du conseil municipal, an XIII, 27 messidor-1816, 3 juillet (1805/1816)
Commune de Villemur-sur-Tarn. 1 D 18 : registre des délibérations du conseil municipal, 1816, 7 juillet-1830, 12 mai (1816/1830)
Commune de Villemur-sur-Tarn. 1 D 19 : registre des délibérations du conseil municipal, 1830, 19 septembre-1844, 30 mars (1830/1844) 
Commune de Villemur-sur-Tarn. 1 D 20 : registre des délibérations du conseil municipal,1844, 4 mai-1847, 6 novembre (1844/1847)
Commune de Villemur-sur-Tarn. 1 D 21 : registre des délibérations du conseil municipal,1847, 10 novembre-1860, 10 mai (1847/1860)

Illustrations :
1: Archives AVH 2 : archives communales de Villemur (Justice 3 I 1 ) 3 : AD31 (1D 17) 4 : AD 31 (1D 18) 5: AD 31 ( 1O11) 6 : AD 31 ( PG 400) 7 : AD 31 (1 O 11)

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