Ulysse Lala

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Ulysse Lala

Docteur ès Sciences, Officier de l’Instruction Publique et du Mérite Agricole
Professeur de physique et de mécanique générale (1882 à 1921)

 

tambour major

1. Tambour-major second Empire

Si le patronyme Lala est bien connu de nos concitoyens, peu d’entre eux connaissent Ulysse Lala si ce n’est quelques anciens, amoureux des livres et de lecture. Nous voulons rendre hommage à cet homme de bien, qui au soir de sa vie a voulu donner à sa ville de cœur, une partie de lui-même.

Mais rappelons tout d’abord qui était Ulysse, Salvy, Joseph, Lala.

Il était né à Paris, le 17 mars 1858, dans le XIIe arrondissement, (devenu depuis le Ve), fils de Guillaume Pascal Lala et de Guillaumette Duran natifs tous deux de Villemur. Son père, Guillaume Pascal avait embrassé très jeune la carrière de militaire. Soldat au 47e régiment d’Infanterie de ligne, il participe à la guerre de Crimée, il est médaillé militaire en 1859 à 29 ans. Devenu sous-officier il reçoit la fonction de tambour-major dans les armées du second Empire.

Ulysse Lala commença ses études à Paris, et, dès qu’il eût franchi avec succès les épreuves du baccalauréat, le 5 novembre 1874, il fut nommé répétiteur au Lycée de Nîmes où il resta pendant l’année scolaire 1878-1879. Boursier de la Faculté des Sciences de Toulouse, il prit sa licence es-sciences mathématiques avec les certificats de calcul différentiel et intégral, de mécanique rationnelle et d’astronomie, le 22 juillet 1881. Par la suite il enseigna la physique et l’histoire naturelle pendant deux ans, de 1882 à 1884, au Collège de Castres. Il y côtoiera M. Surre, professeur de chimie qu’il retrouvera plus tard à l’Ecole des Beaux-Arts.

fac de sciences

2. Toulouse : l’ancienne faculté des Sciences, au 39 des allées Saint-Michel.

C’est en juillet 1882 qu’il prit sa licence es-sciences physique avec les certificats de physique, de chimie et de minéralogie. En 1884, il quittait le collège de Castres, nommé préparateur du cours de physique à la Faculté de Toulouse, qu’il n’a plus quitté depuis.

Un arrêté préfectoral du 23 janvier 1889, le nomma professeur adjoint à l’Ecole des Beaux-Arts, en classe de physique, de laquelle il démissionna en 1914, en raison de la neutralité observée à l’égard de certains membres, sujets des nations ennemies.

Le 14 janvier 1892, il prend, à la Faculté, le grade de docteur es-sciences physiques et reçoit la médaille d’or de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse.

Par décret du 5 janvier 1896, il était fait officier d’Académie. Le 28 décembre 1899, par un nouvel arrêté préfectoral, il est titulaire de la classe de physique et de mécanique générale, à la suite de la démission de M. Frébault. Le 3 janvier 1904, il recevait la rosette d’officier de l’Instruction publique et le 9 mars 1908, la croix de chevalier du Mérite agricole. Le 27 février 1910, il est admis comme associé correspondant, classe des sciences, par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

daurade et beaux arts

3. Toulouse : la Daurade et l’Ecole des Beaux-Arts

En janvier 1911, M. Lala remet à la librairie Dirion, 22, rue de Metz, à Toulouse, le soin d’éditer une plaquette qui énumère ses services, ses titres et ses travaux. Le 15 juillet 1918, une note de service, signée par M. Deumié, alors adjoint au Maire de la ville, délégué à l’Ecole des Beaux-Arts, charge M. Lala de l’organisation du cours de sciences appliquées dans la section professionnelle et de technologie générale qui vient d’être créée dans l’Ecole. Le 30 septembre 1920, M. Lala était fait Officier du Mérite agricole.

Nombreux sont les étudiants des Facultés et les élèves de l’Ecole des Beaux-Arts qui gardent le meilleur souvenir des leçons du professeur Lala. Il unissait intelligemment à un savoir remarquable une réelle bonhommie. Certes, il ne détestait pas de paraître parfois un peu raide et hautain, peut-être par atavisme de tambour-major, mais cette humeur ne durait pas, tant il avait de paternelle psychologie.

entree beaux arts

5. Entrée de l’Ecole des Beaux-Arts

Son rôle fut important dans les conseils universitaires; il ne le fut pas moins à l’Ecole des Beaux-Arts où il resta longtemps le représentant de ses collègues au Conseil de perfectionnement. Dans ce Conseil, il présenta de nombreux rapports sur le programme des cours oraux, sur leur coordination, sur leur horaire, sur les concours de progression scolaire sur l’échelle des traitements, sur la retraite des maîtres, sur les règlements organiques indispensables et les règlements intérieurs a rendre utilement plus souples.

deces ulysse lala

4. Avis du décès d’Ulysse Lala

Il défendit ces rapports avec beaucoup de ténacité et parfois d’entêtement, mais il eut rarement la joie de les voir aboutir. Il a laissé toute sa bibliothèque personnelle à l’Ecole communale laïque de Villemur, ne laissant à l’école des Beaux-Arts que les travaux personnels sur les matières qu’il y enseignait.
Après une vie de labeur qui lui avait permis de faire apprécier ses qualités d’homme et de professeur, Monsieur Lala mourrait le 1er novembre 1921, emporté par une très courte maladie, presque subitement, à l’âge de 63 ans, quatre ans après son épouse née Louise Dulon.

Dans son testament (déposé en l’étude de Maître Duga, notaire à Toulouse le 5 novembre 1921) Ulysse Lala lègue sa bibliothèque personnelle à la ville de Villemur.
Le curé-doyen Joseph Maurette se met sur les rangs (délibération 15 janvier 1922) et souhaite récupérer ces livres pour les installer dans la chapelle de la Congrégation attenante à l’Hospice. (Autrement dit la salle du Grail, voir l’article consacré à la Place Jean-Jaurès)

livres bibliotheque

6. Quelques ouvrages de la bibliothèque

La commission administrative de l’Hospice émet un avis défavorable, décision suivie par le Conseil Municipal. Ce dernier accepte définitivement le legs (10/9/1922) et fait transporter la bibliothèque dans les locaux inutilisés de l’école maternelle où l’on s’occupe du classement méthodique des 4.000 ouvrages légués. Le conseil municipal considère « que le legs en question aura pour résultat la création d’une bibliothèque municipale qui permettra aux habitants de se délasser de leur labeur par la lecture, qu’il s’agit là d’une œuvre essentiellement moralisatrice et sociale. »
Un an plus tard (25/11/1923), devant « l’impatience d’une grande partie de la population » on songe à faire éditer 500 exemplaires d’un catalogue de la bibliothèque par l’imprimerie de « La Dépêche » (1) et on dépose les statuts début 1924.

tampon lala

7. Cachet apposé sur les livres1924. On peut noter ici que tous ces livres seront estampillés du cachet « Pascal Ulysse Lala » le prénom de Pascal faisant certainement référence à son père.

En plus du don de ses livres, Ulysse Lala lègue un titre de 100 francs de rentes pour récompenser les enfants des écoles de Villemur qui se sont particulièrement distingués lors de l’année scolaire. Ces récompenses doivent être attribuées à un garçon et une fille, pris l’un à l’école publique, l’autre à l’école privée.
Et l’on connait même les heureux lauréats :
Pour l’année scolaire 1921-22 : Pierre Maux (public) Marie Madeleine Chaubard (Privé)
Pour l’année scolaire 1922-23 : Paul Emmanuel Gay (privé) Denise Lafferière (public)
Pour l’année scolaire 1922-23 : Joseph Vincens (public) Suzanne Vigouroux (privé)
Le montant du prix attribué à chacun d’entre eux est de 50 francs, crédité sur un livret de Caisse d’Epargne et portant la mention « Prix Pascal Ulysse Lala » (2)

Quel fut le devenir de ces dispositions, et de cette distribution des prix ? Plus aucune trace dans les délibérations. Peut-être quelques lecteurs de cet article viendront à notre aide.

Au cours du conseil municipal du 11 août 1939, la demande d’un conseiller souhaitant attribuer le nom d’Ulysse Lala à une des rues de la commune « est renvoyée en vue d’examen à la commission compétente » autrement dit enterrée purement et simplement. C’était faire peu de cas du geste citoyen d’Ulysse Lala.
Au fil des années on retrouvera la bibliothèque d’Ulysse Lala dans une des salles des Greniers du Roy, puis dans les étages de la Mairie dans une pièce au désordre indescriptible. Plus tard, la bibliothèque qui a perdu quelques unités au fil des ans, est reléguée dans les caves de la mairie.

on marche sur les livres

8. On marche sur les livres…

livres lala

9. Les livres en attente de classement.

Le chemin de croix n’était pas terminé. En septembre 2017 une artiste en résidence à Villemur (Sandra Hauser) découvre ces livres dans les sous-sols de la mairie « elle décide de choquer le spectateur en lui renvoyant l’image de livres abandonnés, oubliés. Des livres mis en avant, sortis de la poussière mais soumis au piétinement rappelant les autodafés. » (3)
Voilà comment une partie de la bibliothèque d’Ulysse Lala fut foulée aux pieds par un public plus que surpris voire choqué par cette manifestation… But avoué et but atteint !
Avant qu’une ultime catastrophe ne fasse disparaître à jamais ces livres, les Amis du Villemur Historique ont récupéré « les survivants ». Ils sont désormais à l’abri dans notre salle des archives en attendant leur classement.

 

JCF / AVH décembre 2018

(1) Dont les prix sont nettement plus avantageux que l’Imprimerie Brussson, sollicitée en premier, mais qui n’est pas équipée pour un tel travail.
(2) Les dispositions testamentaires précisent que ces élèves désignés « doivent être tous catholiques, nés à Villemur, de parents également catholiques et nés à Villemur. »
(3) DDM Inauguration des Bains-Douches en septembre 2017

Sources :
Pour l’essentiel de la biographie d’Ulysse Lala : Bulletin municipal de la Ville de Toulouse, décembre 1931. (Rosalis, bibliothèque numérique de Toulouse)

– Registre des délibérations du conseil municipal 1D26 du 31/8/1919 au 3/6/1928
– Registre des délibérations du conseil municipal 1D28 du 24/11/1935 au 19/1/1948

Photos :
1. (Pinterest)  2, 3, 6, 7, 9.  J.C.François  4. L’Express du Midi. 5. Wikipédia.org. 8.  Extrait vidéo de Th Maurel “Résidence d’artiste 2017”

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