
Prolongement de la rue de l’Hospice, la rue Henri de Navarre court entre la rue Saint-Michel et la rue Saint-Louis. Il était légitime que la ville honore celui qui fut Vicomte de Villemur avant d’être Roi de France. Cette rue s’appelait autrefois « Rue de Malpel », un patronyme très ancien porté par de nombreux villemuriens. En 1926, Louis-Etienne Malpel, conseiller municipal membre de la commission chargée de donner un nouveau nom à certaines artères de la ville, demande que ce nom de « rue de Malpel » soit conservé, s’il est reconnu que ce Malpel était « un procureur du Roi de Villemur qui s’était élevé contre la condamnation de Calas » (1) Après vérification, la rue Malpel porte déjà ce nom en 1583, date donc très antérieure à l’affaire Calas, qui éclate en 1761. Le nom d’Henri de Navarre lui est finalement donné.

Avant les inondations de 1930, la rue Henri de Navarre venait buter sur la rue Saint-Michel. Après 1930, le plan d’urbanisme va bouleverser le quartier : quelques maisons de la rue Saint-Michel sont abattues permettant ainsi le prolongement de la rue Henri de Navarre par l’avenue du Quercy. Celle-ci va traverser le vétuste quartier de la place des Oules qui a été démoli, et courir jusqu’à la rue de la Bataille au bas de la route du Born. Le « tour de ville » était enfin possible pour les quelques automobiles alors en circulation marquant ainsi la fin de la quiétude de ce quartier.

C’est dans cette rue au XVIIe siècle que Bernard Roquier procureur au Parlement de Toulouse, possédait une maison. Il est fort possible que cette demeure abrita plus tard l’étude du notaire Michel Timbal. Au début des années 1900 c’est le notaire Georges Négrier qui habite la grande maison après l’angle avec la rue Saint-Louis. Vers 1920, son successeur est M° François Bru, il officie jusque dans les années 1950. La rue Henri de Navarre fait toujours la part belle aux logements, et seulement deux commerces s’y sont implantés à partir du deuxième tiers du 20e siècle : la corsetière Joséphine Raucoules (née Faure) en 1930 et le « café-restaurant Bertrand », une pension de famille modeste mais très fréquentée tenue par Anna Bertrand dès 1936.


De la rue Henri de Navarre une ruelle part à l’assaut du coteau. C’est la « rue de la Croisade », qui vire à angle droit, au bout d’une centaine de mètres. Elle prend alors le nom de rue des Albigeois et va rejoindre la rue Saint-Michel face à l’ancienne caserne des pompiers. Ces deux rues s’appelaient dès 1583, respectivement rue de Crabouly (Crabouli 1817) et rue de la Gimade deux noms dont l’origine nous est jusqu’à présent totalement inconnue. Elles ont changé de nom comme la rue Henri de Navarre, en 1926.
Ce quartier très populaire fait la transition entre le centre-ville et le quartier haut, « le Pech ». Fin XIXe et au-delà de la moitié du XXe de nombreux ouvriers de la scierie Sabatié et de Brusson Jeune y ont habité, ainsi que quelques agriculteurs. En remontant dans le temps, on retrouve rue de la Gimade une forte proportion de cultivateurs, et dans la rue Malpel, des tisserands, tuiliers, marins, serruriers, forgerons….un quartier aux métiers disparates mais toujours peuplé et très vivant.



(1) Affaire Calas se déroule à Toulouse de 1761 à 1765 sur fond de conflit religieux entre catholiques et protestants.
JCF/AVH mars 2025
Sources :
Commune de Villemur-sur-Tarn. 1 G 1 Compoix de 1583 (ou 1585 ?), Tome I, Gache-Notre-Dame, et 1 G 6 : compoix, tome II, Gache Saint-Jean, 1645 (1645/1645
Commune de Villemur-sur-Tarn.1 G 2 : compoix, tome II, Gache Saint-Jean, 1583 (1583/1583)
Commune de Villemur-sur-Tarn. 1 G 5 (suite et fin) : compoix, tome I, Gache Notre-Dame, 1645
Commune de Villemur-sur-Tarn. : listes nominatives de la population, (1817-1936)
Commune de Villemur-sur-Tarn : Délibérations du conseil municipal 1D 26 (1919-1928)
Jean-Charles Rivière : notaires de Villemur-sur-Tarn ; http://zerbania.chez.com/page3.html